Test de Stroop

01 / 07

Qu'est-ce que l'effet Stroop ? De l'article de 1935 au test d'aujourd'hui

Quand un nom de couleur est écrit dans une autre couleur, nommer l'encre prend plus de temps. Ce que Stroop a mesuré en 1935, ce qu'il a trouvé et ce qui change avec les tâches sur ordinateur.

L'effet Stroop est le phénomène par lequel nommer une couleur devient plus lent et plus sujet aux erreurs lorsque le sens d'un mot et la couleur de ses lettres ne concordent pas. Par exemple, si le mot « BLEU » est écrit à l'encre rouge, il faut répondre « rouge », mais « bleu » vient à l'esprit en premier et la réponse est retardée.

L'article original : Stroop (1935)

Le nom vient du psychologue américain J. Ridley Stroop. En 1935, il publie « Studies of interference in serial verbal reactions » dans le Journal of Experimental Psychology (vol. 18, n° 6). Les participants recevaient des cartes imprimées de 100 éléments, et l'on mesurait le temps total qu'il leur fallait pour lire à voix haute tous les éléments ou pour en nommer les couleurs. Cinq couleurs étaient utilisées : rouge, bleu, vert, marron et violet.

  • Expérience 1 — Stroop compare le temps de lecture d'une carte où les mots de couleur sont imprimés dans une encre discordante et celui d'une carte imprimée à l'encre noire. En moyenne 43,30 s contre 41,00 s : à peine 2,3 s d'écart. La couleur de l'encre ne gênait presque pas la lecture des mots.
  • Expérience 2 — Il compare le temps nécessaire pour nommer la couleur de l'encre de mots de couleur imprimés dans une encre discordante et le temps nécessaire pour nommer la couleur de carrés colorés. En moyenne 110,3 s contre 63,3 s : 47 s de plus, soit environ 74 %. Cette forte différence est l'interférence que l'on appelle aujourd'hui « effet Stroop ».
  • Expérience 3 — Après plusieurs jours d'entraînement à nommer la couleur de mots discordants, l'interférence diminuait, sans disparaître.

En résumé, les mots perturbent fortement la dénomination des couleurs, alors que les couleurs ne perturbent presque pas la lecture des mots. Cette asymétrie est devenue le point de départ des théories qui cherchent à expliquer l'effet Stroop.

Ce qui change avec les tâches sur ordinateur

L'article original mesurait le temps total nécessaire pour lire une carte entière. Les études actuelles, comme ce site, présentent un seul mot à la fois et mesurent le temps de réaction de chaque essai à la milliseconde près. On peut ainsi mélanger les conditions au hasard et compter séparément les erreurs et les dépassements de temps.

  • Congruent — le mot et la couleur de l'encre sont identiques. Exemple : « ROUGE » à l'encre rouge.
  • Incongruent — le mot et la couleur de l'encre diffèrent. Exemple : « ROUGE » à l'encre bleue.
  • Neutre — une chaîne de caractères qui n'est pas un mot de couleur (XXXX, etc.) est présentée à l'encre colorée.

L'effet d'interférence Stroop se calcule généralement comme la différence de temps de réaction moyen entre la condition incongruente et la condition congruente. En ajoutant une condition neutre, on peut distinguer ce qui accélère la réponse en condition congruente (facilitation) de ce qui la ralentit en condition incongruente (coût d'inhibition).

Interférence Stroop (ms) = temps de réaction moyen incongruent − temps de réaction moyen congruent

Une ampleur qui dépend du mode de réponse

Dans l'expérience originale, les participants disaient le nom des couleurs à voix haute. Lorsqu'on répond avec des boutons ou des touches, comme sur ce site, l'étape de prononciation disparaît, et l'interférence est généralement plus faible qu'avec une réponse vocale (MacLeod, 1991). Elle reste néanmoins nette, si bien que les tâches au clavier sont largement utilisées en recherche.

Pourquoi on l'utilise encore

La tâche de Stroop crée très simplement une situation où « ce qu'il faut faire » (nommer la couleur) se heurte à « ce qui se fait tout seul » (lire le mot). Elle est ainsi devenue la tâche de référence pour étudier l'attention, l'inhibition et le contrôle cognitif. Dans sa revue de 1991, MacLeod a synthétisé des centaines d'études accumulées en un demi-siècle, et la tâche de Stroop continue depuis d'être utilisée, sous des formes variées, dans les tests neuropsychologiques et en neuro-imagerie.

Références

Stroop, J. R. (1935). Studies of interference in serial verbal reactions. Journal of Experimental Psychology, 18(6), 643–662.

MacLeod, C. M. (1991). Half a century of research on the Stroop effect: An integrative review. Psychological Bulletin, 109(2), 163–203.

Faire le test →